REBIRTH RPG
Arc 1 : Code 4073

[SOLO] Retour aux sources

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Dahlia Gardilho
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Dahlia
Gardilho

「Retour aux sources」
« Neith, quatre minutes trente-deux, trop lente ! »

L’adolescente baissa la tête et rejoint le groupe en traînant les pieds.  

« Amon, deux minutes trente-quatre, en progrès ! »

Le garçon soupira de soulagement, il échapperait aux entraînements supplémentaires.  

« Dahlia, deux minutes vingt-huit, en progrès ! »

La brune roula des yeux et se dirigea à son tour vers le reste du groupe. Sans un seul regard, elle entreprit de dépasser son père venu assister comme à chaque fois à ses contrôles. La grande main légèrement hâlée de l’homme se posa sur son épaule, ses yeux étaient emplis d’une fierté que Dahlia ne comprenait toujours pas. Les poings serrés, la recrue s’arrêta malgré elle, le regard fixant un point du mur gris lui faisant face.  

« Tu progresses chaque jour et te rapproches de ton salut, je suis si fière de toi. »

Dahlia chassa la main de son paternel d’un mouvement d’épaule enragé avant de s’éloigner sans un mot, n’écoutant plus le ramassis de conneries qu’il rabâchait comme une marionnette depuis des années. Le courant n’était jamais passé entre père et fille. Là où lui voyait un acte de rédemption, comme tous ces imbéciles de fanatiques, elle ne voyait que les barreaux d’une prison, qui s’ouvriraient dans deux ans pour la lâcher dans l’arène.  

Sans attendre le briefing ennuyant et propagandiste de leur examinateur, la jeune femme quitta la salle d’entraînement. L’homme fut bien tenté de la rappeler à l’ordre, mais qu’il se souvienne, la Zephyrienne n’avait jamais plus rebroussé chemin sous son autorité depuis ses onze ans...


« Il est grand temps de venir te saluer... »

Dahlia lança sa dague, qui atteint le centre de la cible. La jeune femme s’entraînait depuis trois heures. Elle avait programmé son départ pour Zephyra pour demain, et l’idée la stressait au point que se dépenser devenait son moyen de décompresser. La combattante n’avait aucune idée de l’état dans lequel elle retrouverait son pays, ignorait si sa mère serait toujours là où HOPE l’avait localisé quelques semaines plus tôt. Sa mère... Qu’était-elle devenue... Qu’allait-elle lui dire... Et si elle était morte depuis... ? L’Egyptienne chassa cette idée de ses pensées en frappant violemment dans un punching-ball. Lorsque le sac revint, elle l’attrapa et y posa son front couvert de sueur.




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「Retour aux sources」
Un long foulard couleur crème couvrait la tête de Dahlia pour la protéger du soleil, couvrant légèrement ses yeux. L’Egyptienne posait le pied sur sa terre natale, quittée depuis plusieurs mois. Une longue tunique bleue nuit descendait jusqu’à ses genoux, frôlant les ficelles de ses sandales brunes s’entremêlant autour de ses mollets. Un soupire nerveux traversait ses lèvres alors que son regard ambré balayait l’entrée de la ville de sa naissance, Ânkh Taouy. Elle ne l’avait frôlé de ses pieds qu’en tant que soldat, arrachée aux bras de sa mère quelques jours après son premier cri.  

Les murs de pierres censés protéger la ville semblaient ne tenir que par une volonté mystique, tant ils étaient assaillis de trous béants ou de crevasses. Plus personne ne se donnait la peine de les remettre en état, un jour, ils tomberont sous la colère des dieux. Ankh Taouy semblait calme pourtant, nul ne pouvait se douter de la terreur qui animait les cœurs de ses habitants chaque jour. Pourtant, le nuage de fumée noire s’élevant à quelques kilomètres rappelait à l’ordre. Ânkh Taouy n’était qu’un havre de paix temporaire avant que les dieux ne décident que leur bien-être avait assez duré.  

Dahlia n’avait jamais vécu en cet endroit et pourtant, un sentiment étrange la traversait, comme si à la seconde où elle franchirait l’arche, elle se retrouverait plongée dans le passé. La jeune femme ne cessait de se demander comment sa mère avait vécu qu’on l’arrache à elle pour en faire un pantin parfait. Et si elle avait fait un trait sur elle pour ne pas souffrir ? La combattante n’y avait pas pensé mais, il était possible que sa génitrice la rejette également... Après tout, elle n’était qu’une parfaite étrangère possiblement morte.  

La brune fit un pas sur le sable fin quand un éclat de lumière lui barra la route. Lui...  

« Le sang te manquerait-il donc, revenir ici-bas... »

La voix grave et intimidante de la projection d’Anubis lui octroya un frisson, voilà des mois qu’elle ne l’avait plus aperçu. Dahlia n’était cependant pas étonnée, le dieu égyptien ne pouvait qu’avoir sentis la présence de l’un de ses soldats.  

« J’aimerai voir le tien couler, mais je ne t’apprends rien. » Répondit Dahlia d’une voix tranchante.  

L’hybride à la tête de chacal laissa échapper ce qui s’apparentait à un rire, entre le grognement d’un chien et le son d’un rire humain exagéré, difficilement définissable, profondément désagréable. La soldat ne s’était jamais montrée intimidée par un quelconque dieu, après tout, son destin demeurait inchangé, mourir, alors pourquoi s’aplatirait-elle d’avantage ?  

« Je ne t’apprendrais rien à mon tour en te soulignant que ceci n’est qu’ineptie. » Répliqua Anubis, emplit d’arrogance.

« Nous verrons. » Se contenta-t-elle de répondre.

Peu importe le moyen, elle se débarrasserait de lui et de ses frères, elle s’en était fait depuis longtemps la promesse et comptait bien la tenir. La menace qui planait sur l’Univers était l’ouverture parfaite pour se soustraire à son autorité et la Zephyrienne ne laisserait pas passer cette chance. Anubis s’esclaffa de nouveau devant l’entêtement de son pion favori. Jamais aucun homme n’avait atteint une divinité, jamais aucun d’eux ne pourrait s’élever à leur niveau, il n’avait absolument rien à craindre.  

« Ton père m’a fait une honorable offrande, cette rage, c’est exactement ce dont j’ai besoin. Dépêche-toi donc d’anéantir cette soi-disant menace, mon armée a besoin de ses meilleurs éléments... »

Bien entendu comme tous les êtres de sa condition, Anubis ne craignait pas l’Aînée, il était persuadé que seuls les insignifiants mortels périraient devant elle, rien n’était moins sûr. L’hybride ne laissa pas le temps à Dahlia de répondre et se volatilisa. La jeune femme serrait ses poings si fort que ses jointures en devinrent blanches. La seule mention de son paternel avait suffi à réveiller sa colère, d’autant plus en étant qualifiée d’offrande. C’est ce qu’elle était, et elle avait horreur qu’on le lui rappelle !

Dahlia ferma les yeux un instant pour se calmer, rien ne servait de répondre aux provocations d’Anubis. Elle était ici pour renouer avec son passé, retrouver la seule qui avait voulu son bien. Un soupire s’échappa de ses lèvres pleines et la brune s’avança vers l’arche signalant l’entrée de la ville. Elle leva la tête en passant en-dessous, les barres de métal servant à la structure étaient visibles à travers la pierre, vestige d’une époque prospère et lointaine.

Lorsque Dahlia reposa les yeux sur la rue principale d’Ankh Taouy, la pauvreté, la tristesse et le désespoir la frappèrent de plein fouet. Seuls les plus jeunes enfants encore inconscients affichaient des sourires, et même, ceux-ci paraissaient retenus, comme ne voulant pas afficher trop de bonheur, ne voulant pas trop dénoter du cadre dans lequel ils grandissaient.  

La sacrifiée avait vécu loin de tout cela, dorlotée par la secte, dans cette prison d’or. Les instants où elle avait pu se rendre compte de la souffrance des autres Egyptiens, étaient entre deux batailles alors que ces pauvres gens faisaient preuve d’hospitalité à leur égard, leur donnant le peu de nourriture qu’ils avaient, les soutenant sans même savoir pourquoi, parce qu’ils les protégeaient d’une punition plus funeste encore, disait-on. Dahlia n’en doutait pas.  

Cette jeune femme bien portante aux vêtements propres, personne ne l’avait raté. Il était impossible de passer inaperçu au vu des accoutrements de cette pauvre population. Dahlia se dit qu’elle aurait dû faire plus attention à ces détails. On la regardait avec une nouvelle lueur dans le regard, de la curiosité certes, mais pas seulement. Malheureusement à part sa présence elle ne pouvait rien apporter à ces gens. Dahlia tint son foulard de sa main droite et s’avança à travers l’allée. Les commerces n’étaient plus ce qu’ils avaient été des années plus tôt, comme si l’humanité avait perdue des siècles d’évolution. On vendait quelques fruits, de maigres poissons, de la viande que des chats sauvages tentaient de voler, des outils agricoles. La jeune femme était dépaysée de ce contraste avec la vie qu’elle avait menée jusqu’à maintenant. Cela faisait également si longtemps qu’elle n’avait pas entendu sa langue maternelle sans accroc dû à la HopeWatch...  

Dahlia s’enfonça entre l’espace entre deux magasins, pas même assez grand pour porter le nom de ruelle, échappant aux regards. Elle s’appuya contre le mur de pierre et souffla. Son cœur commençait à tambouriner dans sa poitrine. HOPE lui avait affirmé que sa mère tenait une boutique de poterie et elle venait de l’apercevoir au coin de l’allée... Pour la première fois la combattante avait peur, son poing serrait nerveusement la boucle de son foulard, comme pour se rassurer. La sacrifiée ne pouvait cependant pas rebrousser chemin maintenant...  




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「Retour aux sources」
Du bout des doigts, Dahlia toucha le rebord d’une grande jarre en terre cuite, posée sur une grande pierre en guise de socle. Juste savoir que sa mère l’avait sûrement faite elle-même lui serra l’estomac, peut-être en aurait-elle fait également si elle n’en avait pas été séparée... Dans un nouveau soupire nerveux, l’Egyptienne s’enfonça un peu plus dans la boutique, personne n’était là, une ouverture au fond laissait penser que la gérante habitait derrière la boutique et s’y affairait. Tant mieux, elle avait le temps de réfléchir à ce qu’elle pourrait bien lui dire. Non pas que Dahlia ne l’avait pas déjà fait, mais aucun discours ne lui été paru satisfaisant. Pour le moment la brune préférait faire mine d’admirer les produits, les méninges tournant à toute allure sous sa chevelure.  

« Bonjour, je peux vous aider ? »

C’était la voix d’un jeune garçon, treize ans tout au plus à en juger par sa voix juvénile. Dahlia sursauta puis se tourna vers lui, le regard savamment caché par son foulard.  

« Non... Merci... Je ne fais que regarder... »

Qui était-il ? Un simple enfant travaillant pour subvenir à ses besoins, ou bien, plus que ça... ?

« Ah, bon d’accord. » Murmura-t-il, gâchant moyennement sa déception.  

« Sohan, où tu as mis... Ah bonjour ! » S’exclama une femme sortant de l’ouverture au fond de la boutique.

Le temps avait creusé les rides sur son visage, mais il émanait d’elle un charme indiscutable. Quelques cheveux blancs dépareillaient sa tignasse brune, mais il n’y avait aucun doute sur l’identité de cette femme. Celle-ci, comme le garçon, fit son travail et s’assura qu’elle trouve ce dont elle avait besoin. Mais Dahlia n’arrivait pas à lui répondre un seul mot. Sa voix l’avait comme tétanisé, elle était douce et bienveillante pourtant. La jeune femme déglutit et la vendeuse commença à s’inquiéter, se rapprochant... Finalement, elle choisit de ne pas réfléchir plus longtemps et ôta son foulard avant de se tourner vers cette mère qu’elle ne connaissait pas. Ses mains tremblaient, ses dents blanches martyrisaient sa lèvre inférieure tant elle craignait la suite des événements.  

Un silence s’abattit sur la boutique, l’ancienne combattante observa, interdite, sa cliente. La forme de son visage, ses yeux qui ressemblaient tant aux siens, mais surtout, cette marque sous l’œil droit dont tout le monde connaissait la signification. Elle-même en avait possédé une sous son œil gauche, n’en restait plus qu’une trace blanchâtre en souvenir. La mère ne mit pas plus longtemps à comprendre qui se tenait devant elle et plaqua ses mains fatiguées sur son visage, des larmes emplissant ses prunelles d’ambre. Dahlia sentait également l’émotion lui monter aux yeux, sa vue se troublait peu à peu alors que sa mère se rapprochait jusqu’à la prendre dans ses bras.  

« Ma fille, ma petite fille... »

La gérante pleurait à chaude larme sur l’épaule de Dahlia, quand cette dernière restait encore immobile, ne sachant pas comment réagir, ayant juste des sillons salés roulant sur ses joues. Elle finit néanmoins par l’entourer de ses bras timidement, comme ayant peur qu’elle se volatilise pour se rendre compte qu’elle avait rêvé. C’était la première fois qu’elle sentait une chaleur aussi apaisante l’entourer et elle referma ses doigts sur la tunique beige de sa mère, enfouissant sa tête au creux de son épaule sous le regard incrédule du jeune Sohan.  

« Maman... » Murmura-t-elle d’une voix tremblotante.  

Ce petit mot, elle avait tant rêvé l’entendre de sa bouche, chaque année qui passait où elle n’avait qu’une minuscule photo d’un nourrisson encore fragile pour se consoler d’une peine bien trop grande. La quadragénaire s’écarta, fébrile, pour admirer son enfant. Elle passait ses mains sur ses joues hâlées, essuyant les larmes, caressait ses cheveux comme elle l’aurait fait pour une petite fille. Dahlia la laissait faire, un sourire doux aux lèvres, elle n’avait jamais reçu les caresses d’une mère, ne s’était jamais réfugiée aux creux de bras rassurants. La jeune femme aurait voulu retourner des années en arrière pour rattraper ce temps perdu.

« Tu es tellement jolie... »

Cette fois Dahlia l’enlaça sans crainte, elles restèrent ainsi pendant quelques secondes avant que Sohan ne commence à s’impatienter.

« Maman, c’est qui cette fille ?! »

Bien entendu il avait entendu Dahlia, mais une explication s’imposait alors que lui n’avait jamais entendu parler d’une sœur. La vendeuse de poteries les traîna tous les deux dans l’arrière-boutique, qui débouchait sur un petit salon ne contenant que le strict minimum. Alors elle avait un petit-frère... Dahlia ne sut pas comment prendre cette nouvelle, plusieurs sentiments qu’elle pensait enfouis faisaient surface, trop pour elle. La mère de famille invita ses enfants à s’asseoir autour d’une table taillée dans de la pierre couleur sable. Autour se trouvaient des petits fauteuils ronds, fait en bois de rotin, dessus reposaient d’épais coussins blancs remplis de plumes à supposer par leur moelleux.

« Dahlia... Est ta grande sœur chéri... Je l’ai eu de mon mariage précédent et elle a 24 ans aujourd’hui. » Sur ces mots, la mère toucha instinctivement le médaillon ovale à son cou.

« Hein ?! Mais pourquoi tu m’as jamais pas parlé d’elle ?! »

Dahlia se posait la même question, même si au fond, elle se doutait quelque peu de la réponse.

« Eh bien, je crois que c’était bien trop douloureux pour moi... J’ai rencontré ton père alors que j’étais si dévastée, je crois que sans lui je ne me serais pas relevée... Et je n’ai plus voulu, ou pu, en reparler... J’avais juste ça... »

La potière ouvrit son petit médaillon, où se tenait une minuscule photo de Dahlia bébé, toute souriante. Sohan fit une moue en baissant la tête, réfléchissant aux mots de sa mère, à leur sens. Il comprenait, enfin, il pensait comprendre, un peu. Le jeune garçon était assez désarçonné par tout ça.


Spoiler :
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Cette photo, c’était là tout ce qu’on avait laissé à Pharah, ce médaillon elle ne l’avait plus jamais quitté et tant de larmes l’avait déjà inondé chaque fois qu’elle s’était retrouvée seule. Non, jamais elle n’aurait pu en parler à son fils. C’était peut-être idiot, mais elle avait craint que sa seule mention la fasse sombrer de nouveau.

Dahlia tendit la main vers le collier et sa mère le retira de son cou pour le lui passer. L’Egyptienne peinait à croire que c’était elle. Le sourire béat de ce bébé, jamais elle ne pourrait l’imaginer sur ses lèvres. C’était comme voir une autre version d’elle, comme si on avait effacé une bande pour réécrire dessus. A cet instant elle sentit davantage le poids du temps qui s’était écoulé, cette réalité forma un nœud dans sa poitrine.

« Je ne connais même pas ton nom... Il a toujours refusé de me le dire... Comme si tu n’existais pas... »

Dahlia avait murmuré ces mots d’une voix laissant transparaître une souffrance enfouie qui n’était pas destinée à faire surface. Ne rien savoir de sa mère, c’était ignoré ce qu’on était en partie, d’où on venait, de qui on avait hérité les traits, physiques, ou de caractères. La soldat ne s’était jamais trouvé aucun points communs avec son paternel, seul son nom témoignait de leur lien. Parfois, elle était même venue à se demander s’il était réellement son père, s’il ne l’avait pas juste kidnappé comme nombre d’autres enfants, puis, adoptée temporairement. Chaque fois que ses yeux s’était posé sur lui, Dahlia n’avait vu qu’un étranger.

Pharah soupira à l’entente de ses paroles, c’était comme recevoir un coup de poignard. Elle aurait dû s’en douter, mais en avoir la confirmation, rien ne pouvait faire plus mal. Savoir qu’il avait effacé tant d’années de vie commune d’un revers de main...

« Je m’appelle Pharah Khâoui... Mais je préfère de loin maman...  » Pharah afficha un sourire doux, comme si une petite étincelle ravivait son regard d’ambre. Voyant le malaise de sa fille, elle posa sa main sur la sienne, qui la serra, tirée de ses songes.

Jamais Dahlia n’aurait pensé que mettre un nom sur un visage puisse faire autant de bien. C’était comme avoir trouvé la dernière pièce d’un puzzle inachevé dont on a abandonné l’idée d’y parvenir un jour. Elle ne put s’empêcher de penser que Dahlia Khâoui ne sonnait pas si mal non plus, elle aurait préféré ce nom. Mais la brune n’en changerait pas, son passé ne pouvait être réécrit et l’avait fait devenir ce qu’elle était aujourd’hui. Il était un moteur à toute la haine sourde qu’elle nourrissait pour son père.

« Merci... » Prononça Dahlia en relevant la tête vers sa mère.

Pharah la regardait avec une lueur d’incompréhension dans le regard. C’était à elle de la remercier d’être toujours en vie, elle l’avait espéré si fort.

« D’avoir toujours pensé à moi, plutôt que de m’oublier... » Termina-t-elle.

Pharah quitta son siège et enlaça sa fille par derrière pour la serrer fort contre elle. La sacrifiée ne se faisait pas encore à ce contact, chaque fois, elle découvrait ce qu’être couvée signifiait. La Zephyrienne replia ses bras sur ceux plus frêles de sa génitrice.

« Comment aurais-je pu ? Tu seras toujours ma fille. »

La potière déposa un baiser sur la chevelure brune de Dahlia puis y passa ses doigts avec douceur. La jeune femme ferma instinctivement les yeux et se sentie apaisée et sereine, comme si elle avait enfin trouvé sa vraie place. Sohan observait toute la scène en silence depuis plusieurs minutes, il ne savait juste pas comment se comporter. En revanche, nombre de questions lui traversait l’esprit, et cela semblait être le bon moment pour les poser.

« Hm... Dahlia... Du coup... » Commença-t-il, incertain de la bonne formulation de sa question. Sa sœur rouvrit les yeux pour centrer son attention sur lui.

« On dit partout que... Les sectes kidnappent des enfants, c’est... c’est vrai ça... ? Et puis même, qu’on les maltraite pour les rendre dociles... On t’a fait ça, toi... ? Ca devait être l’enfer là-bas... Si c’est vrai... » Sa petite voix pouvait laisser penser qu’il bougonnait dans sa barbe, comme s’il n’osait pas prononcer les mots, de peur d’être indiscret, mais il voulait savoir.

Aussi surprenant que cela puisse l’être, Sohan eu un frisson d’effroi à l’idée que sa sœur, alors inconnue, ait pu vivre de telles horreurs. L’adolescent ne la connaissait pas, mais il sentait, qu’il s’entendrait bien avec elle. Le jeune garçon ne savait se l’expliquer mais, une sorte d’attachement se formait déjà envers Dahlia, lui qui aurait aimé ne pas être fils unique. Seulement, au vu de la situation, les ménages ne faisaient que rarement plus d’un enfant, ayant trop peur qu’ils ne finissent en sacrifice.

Rien qu’en entendant le mot maltraitance, Pharah tourna vivement sa tête vers sa fille, soudainement inquiète de sa réponse. Dahlia prit un temps pour réfléchir, ressasser ces années. Physiquement, il ne lui semblait pas avoir vu qui que soit être maltraité, ce qui n’impliquait pas l’absence de ce genre de traitement pour autant, se dit-elle. En revanche psychologiquement, le mot paraissait, approprié...

« Dis-moi qu’ils ne t’ont rien fait de tel là-bas... » Lâcha Pharah d’un ton suppliant.

« Il y a eu des moments où j’aurai préféré prendre des coups plutôt que d’entendre certaines paroles... Les bleus ça guéris... »

Dahlia serra les poings en se remémorant les comportements de certains de ses instructeurs. Ce serait mentir de nier qu’ils auraient pu réussir à la briser...




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「Retour aux sources」
Dahlia déglutit, seuls des mauvais souvenirs pouvaient se raccrocher à sa vie au sein de la secte du pays. Elle qui vouait un culte à ces dieux qui ne voyaient en eux que des pions sur leur échiquier géant.

« Ce qu’on dit est vrai, plusieurs fois on voyait des enfants arriver, complètement perdus...» Elle se souvenait des pleurs, des supplications pour revoir leurs parents, jusque tard dans la nuit.

« Je crois que j’ai commencé les entraînements à quatre ou cinq ans, c’est assez flou... Au début ce n’était pas grand-chose... On courrait beaucoup, on apprenait les frappes... Je crois que c’était plutôt un moyen de nous apprivoiser... C’est vers huit ans qu’ils sont devenus plus durs, ils nous rabaissaient beaucoup quand on échouait, nous faisait nous entraîner plus que les autres, en disant que ça nous apprendrait à ne pas honorer les dieux comme il faut, que c’était parce qu’on était désobéissants qu’on finissait ici... »

La mère de Dahlia apporta du thé chaud et lui tendis une tasse en céramique. Ce qu’elle racontait lui donnait des frissons, elle avait à présent peur de connaître la suite. La jeune brune enserra le récipient de ses doigts et profita de boire une gorgée pour faire une pause. Le liquide mentholé, épicé et sucré lui réchauffait la gorge. Elle n’était plus sûre d’avoir envie de raconter tout ça, mais le regard insistant de sa mère, lui fit comprendre qu’il le fallait. Durant 24 ans elle s’était demandé ce qu’était devenue son enfant, aujourd’hui il était là devant ses yeux. Sohan fixait sa sœur de ses yeux brillant de curiosité, au fond de lui il avait toujours eu une sorte d’admiration pour ces hommes et ses femmes qui se battaient pour leur vie quand ils auraient pu abandonner.  

« C’était pire d’année en année, on a commencé les simulations et plusieurs ont fini par craquer, et j’ai failli moi aussi quelques fois, ça semblait tellement plus simple... »

Nerveuse, la combattante commença à faire craquer les articulations de ses doigts, sa tasse à moitié pleine reposant sur la table en pierre. Plus ils prenaient de l’âge et plus leur sentence se rapprochait. A ce stade, Dahlia se souvenait avoir ressenti plusieurs émotions aussi chaotiques les unes que les autres. Un coup la rage prenait au ventre, un autre elle laissait place à un désespoir insurmontable, seulement... Dahlia avait fini par choisir la première option. Pharah ne s’attendait pas à entendre ça, elle allait porter sa tasse à ses lèvres mais son geste resta suspendu dans les airs. Imaginer sa fille se donner la mort pour échapper à cette prison lui retourna l’estomac. Elle sentit de nouvelles larmes monter et ferma les yeux pour les arrêter.

« Mais, chaque fois que je le voyais, j’avais... J’avais tellement envie de lui faire payer un jour, que j’ai décidé que je ne mourrais pas comme ça ! » Dahlia serra la tasse entre ses doigts, comme pour canaliser cette colère déformant sa voix.
La mère de famille pu voir pour la première fois sa part guerrière, son regard était devenu si froid, sa voix emplie de rancune. Pharah était une ancienne sacrifiée, cet air sur son visage, elle savait traduire ce qu’il signifiait... Elle n’eut pas besoin de demander à sa fille comment elle voulait lui faire payer, c’était écrit, il n’y avait qu’une seule façon. Et la potière ne pensait pas avoir la force de l’en dissuader, lui qui avait conduit la chair de sa chair à une mort quasi certaine.  
« Comment était-il avec toi... ? » Se risqua-t-elle de demander. Elle ne voulait pas la forcer à parler davantage de son expérience, voyant bien que ça la perturbait.

« Oh le plus gentil du monde, j’étais le parfait petit soldat... »

Un air sombre prit place sur les traits de la brune, elle détestait parler de lui. Pharah afficha une mine déconfite, sa mère ne put que lui tenir la main pour exprimer à quel point elle se sentait désolée.

« Si j’avais pu le revoir, je ne sais pas ce que j’aurai fait. »

« Certainement la même chose que moi... »

Les deux femmes s’échangèrent un regard assez intense pendant plusieurs secondes, la même pensée leur traversa l’esprit, telle mère, telle fille. Toutes deux voulaient se venger de cet homme qui les avait trahis de la pire des façons. Mais Pharah restait une mère malgré tout.

« C’est trop dangereux, n’y retourne pas. » Tenta-t-elle pour la dissuader.

« Je ne changerais pas d’avis... maman, et puis j’ai vécu avec le danger, je suis sûre qu’il me fera une fleur. » Dit Dahlia avec cynisme.

Pharah soupira et afficha un air résigné, elle s’y attendait. La mère ne pouvait s’empêcher d’admirer cette jeune femme devant ses yeux. Le seul souvenir qu’elle avait était celui d’un poupon rose, gigotant, criant et à présent il était devenu une femme forte et indépendante, tout ça sans elle... Au fond sa présence n’avait pas été utile, était-ce normal de ressentir une telle chose, la mère se le demandait et s’en sentit coupable. Comme si un lien s’était instantanément formé entre les deux femmes, Dahlia su ce que son regard traduisait.

« Soit prudente, je t’ai déjà perdu une fois... » Ajouta la potière, une grande tristesse visible dans ses yeux d’ambres.

La Zephyrienne hocha la tête et finit son thé, à présent froid mais toujours aussi bon à ses yeux.

« Si j’ai tenu jusqu’à maintenant, c’est aussi dans l’espoir de te voir un jour, au moins une fois... Maintenant que je t’ai retrouvé... Ca me fait encore plus mal, j’aurai pu être apaisée, mais c’est l’inverse... »

De son souvenir Dahlia n’avait jamais parlé autant, elle se sentit soudainement épuisée, comment mettre des mots sur ce qu’elle ressentait pouvait demander autant d’énergie. Pharah caressa la joue de sa fille du pouce, ne supportant pas de la voir ainsi. Un silence s’empara de la pièce quelques secondes, comme pour laisser les émotions de ces retrouvailles redescendre, quand Sohan se manifesta.

« Apprends-moi à me battre aussi ! » Lâcha l’adolescent d’un air déterminé.

« Sohan ! » S’effara sa mère.

« Mais, un jour j’aurai l’âge et ça se trouve - ! » Il tenta de s’expliquer avant d’être coupé.

« Ne dit pas ça ! »

« Il n’a pas tort... Mais je ne vais pas rester assez longtemps pour t’apprendre quoi que ce soit. » Le calma d’emblée Dahlia.

Pharah refusait catégoriquement l’idée qu’on lui retire également son deuxième enfant, ce serait bien trop à supporter. L’adolescent s’affaissa sur sa chaise, croisant ses bras sur la table pour y poser sa tête.

« Pourquoi tu peux pas rester... ? Puis tu viens d’où d’abord ? »

« C’est compliqué... »



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