REBIRTH RPG
Arc 1 : Code 4073
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Arc 1 : Code 4073

Au Demon's Empire

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Nashar
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Demon's Empire

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La musique battait son plein pendant qu’un certain déchu aux cheveux bleus faisait le tour des tables. Tous, ici, le connaissaient : c’était le patron du Demon’s Empire, un cabaret récemment ouvert. Première enseigne du genre à ouvrir dans un quartier regroupant plusieurs Sapphire’s High Schools, l’entreprise de divertissement est aussi le premier à être tenu par un Déchu de HOPE : Nashar.

Le patron ? Il est très gentil. Au départ, je le pensais froid et arrogant avec ses cheveux bleus et son air suffisant, mais j’ai mieux appris à le connaître. C’est vraiment quelqu’un à l’écoute, qui est toujours de bon conseil. Il m’a même permis de prendre quelques jours, quand mon époux était malade, sans me les enlever de ma paye.


Évidemment, la nouvelle de l'arrivée de l'étranger ne plut pas beaucoup, surtout chez la concurrence. Ainsi, on commença à reprocher plusieurs choses à l’établissement. Par exemple, son système de publicité, parfois jugé trop “borderline”. Il était vrai qu’avoir des femmes et des hommes en légère tenue distribuant des tracts devant les Sapphire’s, école des jeunes adultes, pouvait être discutable. Mais, pour le gérant, ce n’était pas différent des messages qui passaient sur les ondes magiques.

J’ai connu le Demon’s Empire par hasard. En faite, j’ai croisé ma soeur qui distribuait des tracts… C’était assez étrange de la voir habillée ainsi, puis elle m’a parlé de son salaire. Ahurissant ce que cette boîte investit pour le bien-être de ses employés. J’y travaille depuis quelques semaines déjà, et j’envisage de ralentir mes études pour m’y consacrer un peu plus.


Un autre point qui dérangeait était le soudain positionnement du cabaret comme leader de la découverte de nouveau talent artistique. Peu regardant sur les origines ou le passé de leur artiste, le Demon’s Empire avait toujours de quoi émerveiller leurs clients. Bien sûr, 70% de la programmation était des spectacles de chair, mais pour citer le gérant, “cela ne dérange que les gens qui ne viennent pas, donc qui ne paient pas, donc, ceux qui n’y perdent rien au final”. De plus, pour une obscure raison, les artistes y jouant arrivaient plus facilement à faire carrière par la suite.

C’est grâce à lui que j’ai pu me produire à Volfield. Il est venu me voir après ma représentation et m’a dit “Hey, tu es très talentueux, je peux te mettre en relation avec quelqu’un de Volfield”. Et depuis, tout s’enchaine vite !


Mais surtout, il y avait aussi le fameux “appel” à la consommation. Au Demon’s Empire, chaque table avait au minimum une hôtesse ou un hôte, désigné d’office ou pouvant être choisi selon ses préférences. Cette personne était le lien entre tout le reste du cabaret et le client. Si cela pouvait sonner très pratique - aucune attente de serveur -, la réalité en était tout autre : les hôtesses ou hôtes poussaient sans vergogne les clients à la consommation, les incitants, par tous les moyens légaux, à dépenser. Même si nier par la direction, certaines rumeurs faisaient même état de propositions de prestations indécentes.

Je viens au Demon’s Empire quasiment tous les soirs après les cours. Les prix y sont abordables et même si on a va seul, on passe toujours un bon moment avec les hôtesses. Le patron y est très sympa aussi, il offre souvent sa tournée à tous les clients. C’est vraiment un chic type.


À côté de cela, on pourrait aussi citer les reproches sur la nourriture, les cuistots, l’état et l’hygiène de l’endroit ou encore sur les supposées soirées douteuses qui pourraient se passer dans les sous-sols. Beaucoup de rumeur et légende avaient embrumé le Demon’s Empire d’une épaisse aura mystérieuse. Aura qui, avérée ou pas, attirait les jeunes adultes, après leurs cours. Et c’est cela qui dérangeait : alors qu’on ne lui donnait pas deux semaines ; le cabaret avait non seulement tenu la barque, mais les bénéfices dégagés dépassaient largement ceux de ses voisins les plus proches. Enfin, malgré tous les points cités précédemment, l’établissement passait toujours haut la main les contrôles, qu'ils soient spontanés ou organisés par ses détracteurs.

Demon’s Empire ? Je ne connais pas cet endroit. Maintenant, laissez-moi, j’ai un rendez-vous au Light Hall. Hein ? Ce sont des photos truquées !


Le Demon’s Empire. Que s’y passait-il réellement ?

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Nashar
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Demon's Empire

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Ce soir-là, le Demon’s Empire était plein à craquer. Un examen important venait de prendre fin quelques heures auparavant et pour se soulager du stress, de nombreux jeunes Akers était venu célébrer leur réussite et noyer leur échec. Les rires et pleurs parsemaient la musique d’un groupe “de jazz expérimental”, tandis que les cuisines ne baissaient pas leur cadence. Les hôtesses et hôtes veillaient bien à ce que l'alcool et les amuse-bouches circulent constamment, faisant monter les notes, bien plus haut que ne le pouvaient les instruments des musiciens.

C’est dans ce contexte-là qu’un homme, habillé sombrement, mais respectablement, surveillait l’agitation en parcourant le cabaret de long en large. À peu prêt tous les 3 mètres, un employé l'arrêtait, lui demandant conseils ou renseignements. Il répondait toujours le plus directement possible, tout en arrivant à créer un lien avec son interlocuteur. Pour faire simple, s’il n’était pas le patron de l’établissement et si les employés pouvaient voter pour l’employé du mois, même anonymement, il était certain d’être désigné vainqueur, d’une majorité écrasante. L’art et la manière de se faire bien voir ? Il n’y avait pas que cela…

Excusez-moi, vous êtes Monsieur Nashar, le gérant de cet endroit ?


Le bleuté se retourna. Une femme, vraisemblablement ni employé ni cliente, le regardait d’un faux air interloqué. On pouvait facilement deviner qu'elle savait à qui elle avait affaire, à en croire l’objet qu’elle tenait dans ses mains : un enregistreur magique, capable de capter les voix et de les retranscrire plus tard à l’écrit.

Je m’appelle Walth Guiver, je travaille pour le journal “La voix des Akers”. J’aurais des questions à vous poser.


Le bien habillé lui répondit d’un sourire des plus charmeurs.

Bien entendu. Je m’acquitte de quelques obligations et je serai à vous.


Sans attendre, il arrêta un hôte qui passait par là et lui intima de la conduire à une table. Il insista discrètement sur le fait qu’il s’agissait d’une journaliste. Lorsqu’elle fut emportée au loin, il soupira en son for intérieur, avant de continuer son pèlerinage. Peu à peu, les lumières se mirent à baisser, signale qu’une représentation “spéciale” allait commencer.

Le Demon’s Empire ne proposait pas de strip-tease, comme on pourrait s’y attendre, mais quelque chose appelé “l’effeuillage léger”. À cause de certaines lois spécifiques au quartier d’étudiant, aucune nudité ne pouvait être montrée, mais la suggestion et l'érotisme n’étaient pas interdits. Le bleuté, ainsi que l’intégralité des employés se détendit alors. Durant ce genre de spectacle, il n’y avait que très peu de demandes de la part de client, qui étaient occupés ailleurs. Le Déchu en profita pour aller voir la journaliste à sa table. D’un geste de la main, il appela un hôte qui vint leur servir une bouteille.

Du vin de La Vigne d’OldStreet, §400 la bouteille. Évidemment, c’est la maison qui offre. Permettez-moi d’abord...


D’un seul geste du gérant, l’hôte déposa quelques centilitres du vin dans une coupelle. Le bleuté s’en empara alors et goûta le liquide. Après quelques secondes, il lui rendit la coupelle et lui adressa :

Ramène cette bouteille, le vin n’a pas encore assez respiré. Prends-en une autre, et dis bien à Brutuo que c’est moi qui la lui demande.


L’employé s’exécuta dans la hâte, en couvrant son départ d’aimable regret.

Je vous prie de m’excuser pour cela, c’est sa première semaine ; il peine encore à faire ses marques. Cela devrait lui passer assez vite.


La journaliste, lui répondit d’un simple sourire faussement compréhensif. Visiblement, le spectacle qui se déroulait sur scène l’intéressait également, à en juger par le fait que son buste était tourné vers l’effeuillage en cours. Ne voulant pas perdre du temps, l’homme aux cheveux bleus la fit se recentrer.

J’ai cru comprendre que vous aviez des questions pour moi ?


Confuse, la femme changea de position pour confronter directement son interlocuteur.

O-oui. Comme je vous le disais, je travaille pour “La voix des Akers”, qui aimerait revenir... sur certaines de ses déclarations à votre sujet.


Ce lieu n’est qu’une excuse à la débauche au service de piètre qualité. Les personnes le fréquentant font non seulement preuve d’un bas QI, mais encouragent en plus un système mystérieux, potentiellement illégal.” Était-ce celle-là ?


La journaliste s’étonna qu’il puisse citer aussi parfaitement l’article en question. Elle nota que cela lui était donc resté en travers de la gorge.

En effet.


Alors ne vous en inquiétez pas. J’ai eu le plaisir de rencontrer votre directeur éditorial en début de semaine, tout cela n’était qu’un malentendu. Voyez-vous, lorsque Maître Talfata était venu la première fois, il était malencontreusement tombé sur une de nos hôtesses en période d'entraînement. Des dispositions disciplinaires ont d’ailleurs été prises à son sujet, afin qu’elle puisse comprendre de ses erreurs et réintégrer sainement l’équipe. Comme dit à votre supérieur hiérarchique, je ne tiens pas rigueur de la critique, surtout si vous me permettez de rétablir la vérité.


Certain qu’elle n’avait écouté qu’un mot sur deux en raison de ses légers coups d’oeil vers le déshabillage, le gérant enchaîna :

Mais regardez-moi, je parle de vieilles histoires, alors que je devrais répondre à vos questions. Je vous écoute.


Hm ? Oui ! Euh… Pardonnez-moi, je suis distraite. Ahum, merci de ne pas nous en vouloir. Toutefois, je ne suis pas celle envoyée pour mener à bien votre interview. À vrai dire, je suis ici de mon propre chef, pour vous poser des questions sur votre relation avec Don Amalideon Sear Leone, le riche entrepreneur aristocrate.


Le bleuté se redressa dans son siège, arrivant difficilement à cacher son mécontentement face à cette question.

Je doute que Maestro Talfata voudrait écrire quelque chose en rapport avec Don Leone, madame.


Maitre Talfata est en ce moment même à Light Hall, pour répondre à des accusations de corruption.


L’homme aux cheveux bleus changea d’expression, une certaine panique pouvait être décelée.

Pour une vieille affaire.


Hm, je pensai que vous étiez là pour revenir sur vos déclarations.


Allumant l’appareil d’enregistrement, Walth Guiver, nouvelle directrice éditoriale de “La voix des Akers”, perça le regard du gérant par le sien.

C’est exact. J’aimerais prouver que la seule erreur de cette critique fut l'emploi du terme “potentiellement” dans la partie “potentiellement illégal”. Il se passe quelque chose ici, et je suis certaine que vous y êtes pour quelque chose.


Exaspéré, le gérant répondit en se levant.

Oh. Vous m’envoyez désolé, madame. Je n‘ai aucun commentaire à faire concernant votre demande ou votre objectif. Maintenant si vous le voulez bien, j'ai des affaires dont je dois m'occuper. Nous devrions tous faire de même d'ailleurs. Nous occuper de nos affaires.


L’hôte apparu à ce moment-là avec une bouteille de La Vigne d’OldStreet. Le déchu l’arrêta d’un geste de la main.

Emballe la bouteille et donne-la à Madame. Reconduis-la ensuite à la sortie et informe la sécurité qu’elle n’est plus la bienvenue dans l’établissement.


Sur ces mots, le bon patron s’en alla. Une fois loin, il se retourna, pour assister au départ de la journaliste, avant de prévenir ses employés qu’il serait à son bureau en cas de besoin. En chemin, il se mit à tituber : l'altercation avec cette idiote l'avait trop perturbé. Devant la porte, ses jambes se mirent à trembler, tout comme sa main qui peina à appuyer sur la poignée. Il réussit à entrer et à la refermer avant de s’effondrer sur le sol, en gueulant :

Esta puta…


Il leva néanmoins la tête pour apercevoir Nashar, le nez plongé dans tout plein de documents. C’est à ce moment que son visage commença à le démanger. Alors, tout en se grattant, il commença.

Maestro Talfata est tombé pour corruption, on a son ancienne assistante sur le dos. Je lui ai réservé le traitement d’urgence que tu as établie, mais elle a pu remonter jusqu’à mon père.


Secouant un peu la tête, ses traits et sa carrure commencèrent à changer. Peu à peu, le bleu vira à l’orange.

Je pense avoir pu rester neutre, pero cette affaire va mal se finir. On lui envoie Fafar para calmarla ? Hm ? Traducteur à la con.


Nashar, qui n’avait pas levé les yeux jusqu’à lors, se saisit d’une plume avec laquelle il se mit à écrire rapidement.

J’écris une lettre à la Marquise de Bonphaelor. Il me semble qu’elle effectue des donations au journal assez régulièrement. Je me demande ce qui se passerait si ces donations s’arrêtaient soudainement, Favaro ?


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Nashar
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Le Principe Barbare

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Favaro finit de se masser le cou. Les sorts de changement d’apparence qu’il essayait de maîtriser en ce moment étaient assez douloureux. Muscle, hormone, voix, épiderme et autres caractéristiques physiques étaient changés par les sortilèges qu’il se lançait. Lui qui n’était pas très doué en magie, au point de quasiment faire tout exploser à la moindre incantation, il s’étonnait de ses récents progrès. Était-ce à cause du cristal qu’il avait trouvé, peu de temps après la Déchéance, ou de l'entraînement qu’il subissait depuis l’arrivée de Nashar ? Impossible à dire.

Déjà prêt à y retourner ?


Nashar, le vrai, avait terminé sa lettre. Il la plia pour la glisser dans une enveloppe. Lorsque cela fut fait, il scella celle-ci d’un sceau magique : seul son destinataire pourrait la lire et dès que cela serait fait, elle s’effacerait d’elle même. Un tour bien pratique qu’il avait appris durant sa “remise à niveau”.

Je pourrais. Je récupère de plus en plus rapidement. Je pense pouvoir tenir ton apparence une après-midi entière maintenant.


Cela faisait déjà un mois que Favaro se déguisait en Nashar, afin que ce dernier puisse se concentrer totalement sur la gestion du cabaret. Si l’idée de faire ce travail sous son vrai visage était venue sur le tapis, le bleuté l'avait convaincu de la nécessité à ce qu'il paraisse “capable de tout”. Un gérant passant pour un patron exemplaire doublé d’un rigoureux gestionnaire était mieux que deux associés, d’après lui. N’étant pas frivole de reconnaissance, Favaro avait accepté.

Bien.


Le bleuté fit léviter la lettre jusqu’au roux, qui comprit qu’il allait devoir la faire porter à la Marquise de Bonphaelor. Néanmoins, il ne le fit pas tout de suite, ce qui poussa Nashar, qui avait déjà baissé les yeux sur ses documents, à l’interroger.

Un problème ?


Favaro le regarda interloqué. Il était évident qu’il avait quelque chose à lui dire, mais il ne savait pas comment s’y prendre. Alors, cherchant ses mots, il finit par commencer.

Je sais que ce qui s’est passé durant la Déchéance, puis à Val, a dû être difficile pour toi. Pour moi aussi, ça l’est. Même si j’ai eu la chance d’être renvoyé à Akerys, où on a pu me soigner, il m’arrive encore de me réveiller en sueur en entendant le discours de l’Aîné dans ma tête.


L’Empereur tourna une page.

Quand tu es réapparu à Sodosopa, je suis venu t’aider immédiatement. C’est aussi moi qui ai hébergé Naïcel et Nyris quand tu t’es divisé juste après.


Le bleuté prit des notes.

Viens-en aux faits. Je sais que tu es un ami qui ne me trahira pas ; ce n’est pas quelques mots qui me feront changer d’avis.


Favaro baissa les épaules, désabusé, mais soulagé.

Ce jour-là, où je t’ai fait rencontrer mon Père. De quoi avez-vous parlé ?


Un franc sourire se dessina sur le visage de Nashar, puis il pouffa légèrement de rire.

Tout ça pour ça ? Ne me fais pas peur, j’ai cru que tu allais me remettre ta démission.


Immédiatement, il se replongea dans sa lecture. Cela agaça le roux à la coupe afro.

Nashar.


Le susnommé soupira, avant de finalement répondre.

Nous avons simplement convenu d’un petit arrangement.


Un petit arrangement ? Contre 200 000 Kuartz, ce cabaret et ma liberté ?


Hochant la tête comme pour lui dire “duh”, Favaro argumenta :

Amalideon Sear Leone ne fait pas de “petit arrangement”. S’il t’a proposé la lune, c’est qu’il a fini de l’exploiter et qu’il n’en reste que des cendres. Mais ça, tu le savais, je t’avais prévenu avant. Alors, dis-moi, contre quoi il t’a eu ?


L’Empereur soupira de nouveau. Las de l’échange, et devant se concentrer sur son apprentissage de l’administration Akers, il décida d’en finir rapidement. De sous son bureau, il sortit un petit coffre, fermé à clé par une serrure à la magie inconnue, du point de vue de Favaro. En effet, ce puissant sort de verrouillage était d’origine Valicienne, dont la magie différait de celle d’Akerys.

Dans ce coffre, il y a le titre de propriété du cabaret à mon nom. Il ne manque que la signature de ton père pour que cet endroit soit à moi.


Favaro lorgna le coffre, détectant l’origine de la magie l’entourant.

Bien sûr, comme tu viens si bien de le rappeler, Don Leone est un négociant hors pair, mais ça reste un homme. En lui promettant de centupler sa mise de départ et en lui parlant dans le détail de mes actions en tant qu’Empereur de Valice, il a concédé à me remettre ce vieux cabaret et les 200 000 kuartz qui devaient servir à sa rénovation. Pour le reste, tu étais là.


Évidemment, le bleuté omit volontairement une bonne partie de l’échange avec Don Leone. Pour lui, Favaro n’était pas obligé d’en savoir plus sur ce qui se passait réellement.

Et tu penses que je vais gober ça, ingenuo. 200 000 000 de kuartz, c’est ce qu’il perd en arrêtant de travailler pour aller aux toilettes. Cette somme est dérisoire comparée à sa fortune, il n’aurait jamais marché !


Devant le visage fermé de son compagnon d’HOPE, le roux se résigna.

Quoi que ça puisse être, fais attention à toi. Ce qu’on a pu construire ici ces derniers mois est remarquable. Cela serait dommage que tout soit réduit en cendre, ingenuo.


Insistant encore une fois sur le dernier terme, l’Akers quitta la pièce avec la lettre. Nashar lui, redéposa le coffre là d’où il venait avant de se servir un verre de vin. Il avait déjà beaucoup à gérer, entre le rattrapage du Cycle Citoyen des Akers, la gestion dans l’ombre du Demon’s Empire, la communication autour et les Jewelers, il passait des journées éprouvantes. Mais il avait un objectif, décidé lors de son séjour à Val : ne plus rester passif et agir activement pour ses ambitions. Et pour cela, il devrait laisser de côté celui qu’il a été depuis qu’il avait conquis tout Valice. L’Empereur devait maintenant faire place au Général, au Conquérant et à l’Impitoyable ; même si cela signifiait perdre quelques amis au passage.

Le Déchu finit son verre d’une traite et se remit à étudier. Il n’avait pas de temps à perdre. Les distractions attendraient qu’il soit Empereur de l’Univers.


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Et donc ?


Eh bien… Tu dois m’embaucher, du coup ?


Nashar soupira. De tous les abrutis que son supérieur chez les Jewelers aurait pu lui envoyer, il fallut que ça soit un simplet, qui ne savait pas se tenir. Assis de manière trop décontractée pour un entretien d’embauche, le dénommé Finn lorgnait le patron du Demon’s Empire avec amusement et une condescendance inexplicable. Parallèlement, il donnait l’impression d’être très détendu, ce qui contrastait avec son style vestimentaire assez bourgeois, qu’il portait avec aisance.

Non. J’ai demandé à mes supérieurs quelqu’un pour m’aider ici. Vous m’êtes inutile, dehors.


Insistant bien sur l’ordre, le bleuté fit comprendre à son invité chic, mais chiant, que la discussion était terminée. Hélas, ce dernier ne l’entendit pas de cette oreille. Renforçant sa position des plus désinvolte, un sourire blanc, qui se voulait charmeur, vint corrompre son visage.

Héhé, allons, allons. Je viens à peine d’arriver. Tu serais pas un peu sur les nerfs ?


Passant ses mains dans ses secs cheveux bruns, il se mit à lorgner le bureau de l’Empereur. Plusieurs documents y étaient soigneusement rangés, mais leur nombre donnait l’impression d’un bordel sans nom. Pourtant, Nashar s’y retrouvait bien : il avait pu régner sur un Empire continental des décennies durant, ce n’était pas des feuilles qui allaient le faire pâlir.

Je vois que t’es occupé… Je peux comprendre que t'as besoin d’aide. Je suis l’homme qu’il te faut pour ça ! Je-hm ? Mhmmhmhh !?


Le candidat ne put soudain plus ouvrir la bouche et reporta alors son attention sur Nashar, qui lui montrait sa main imitant un clapet fermé. Il avait appris ce tour le matin même. Il n’avait pas pu l'essayer et fut assez fier d’avoir réussi du premier coup. La science des flux d’énergie d’Akerys et la magie de Valice fonctionnaient plutôt bien ensemble.

Écoutez-moi bien. La seule raison qui m’empêche de vous emmener à l’arrière-boutique et de vous transformer en smoothie pour mes clients, c’est la présence de l’inspection sanitaire et le fait que les Jewelers savent que vous êtes avec moi. Maintenant, je vous saurai gré de prendre la porte, avant que je ne doive m’expliquer devant l’inspecteur et mes supérieurs.


Vraisemblablement surprit par cette soudaine violence, Finn afficha un visage inquiet. Sous le visage médusé de Nashar, il outrepassa alors sa magie pour lui dire :

Houla. On m’avait prévenu que tu étais assez invivable, mais je m’attendais pas à un tel connard, haha.


L'atmosphère de la pièce devint alors glaciale. Littéralement. L’Empereur du froid détestait qu’on lui manque de respect ; alors, briser son sort dont il était si fier et l’insulter ? Inacceptable ! Hérésie !

J’imagine que tu dois être agacé… Commence à faire frisquet… Laisse-moi t’expliquer comment j’ai annulé ton sort.


Nashar se leva immédiatement et tandis le bras vers son interlocuteur, comme pour l’étrangler à distance. En vérité, c’était l’effet désiré, mais rien ne se passa.

Sur ma planète, on m’appelle l’Embrouilleur. Parce que j’aime créer le chaos entre les gens, mais surtout, parce que je peux brouiller tout type de magie. En gros, je l’annule pas, je l’affaiblis. Bon, ça marche moyen sur la magie des Akers, mais c'est assez cool sur celle de quelques errants. J’imagine que tu fais partie du lot des malchanceux, patron.


Abasourdi, l’Empereur se fit soudainement envahir par une violente vague de haine, amplifiée par le démon en lui. Cet imbécile l’avait réveillé et maintenant il allait devoir se diviser en Nyris et Naïcel dans la journée, soit un jour trop tôt par rapport à son emploi du temps. Heureusement que Favaro pourrait assurer son absence. Il chercha à se calmer, pour reculer l’échéance, mais il fut forcé de constater que cela n’allait pas être facile avec un tel enfoiré en face de lui.

Tu viens de me traiter d’enfoiré dans tes pensées là ? Tu as la tête de celui qui vient de la faire.


Silence. Dehors. Je ne veux pas de toi.


Finis par ordonner Nashar. L’emprise du démon devenait beaucoup trop forte, en beaucoup trop peu de temps. Quelque chose n’allait pas. Était-ce ce Finn qui affaiblissait ses défenses ? Impossible, le bleuté n’usait pas de magie pour contrer ou contenir son parasite démoniaque. Et puis cela faisait déjà quelques mois qu’il l’avait remarqué : le démon devenait de plus en plus puissant.

Pense aux applications de ma magie. J’ai ouï dire que tu menais quelques… Activités. En faite, on m’a tout raconté au QG. T’es sous couverture, tu t'es fait prendre et maintenant tu dois faire tomber Don Leone, c’est ça ? Paraît que son cadet est aussi dans le coup. Fou cette histoire. Bref, je peux effacer la présence de n’importe qui, du moment que c’est dans une pièce fermée. Genre, si je veux, je peux rayer notre existence de la carte, du point de vue de l’extérieur, héhé. Disparaitre avec toi m'enchante pas, mais bon, les ordres, c'est les ordres, patron.


L’Empereur tiqua lorsque son indésirable rendez-vous lui parler des détails du plan. Les Jewelers lui accordaient tant de confiance que cela ? De toute façon, plus il y pensait, moins il croyait avoir le choix : déjà qu’il avait du attendre quasiment un mois pour que sa demande d’aide soit traitée, il doutait qu’il puisse faire son sélectif. Refroidissant son corps - et encore un peu plus la pièce par la même occasion - il réussit à retrouver un semblant d’apaisement. Ses efforts en méditation instantanée payaient, lentement.

Sais-tu ce que c’est qu’une période d’essai, cloporte ?


L'Embrouilleur tendit la main, heureux de sceller son embauche par une poignée.

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Nashar
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Grand verre de lait à la main, Nyris se désaltérait en lisant un livre. Le Cabaret n’était pas encore ouvert à cette heure, ce qui voulait dire qu’il avait légalement le droit d’être au bar. Lui-même ne savait pas son âge, et il était impossible de le déterminer ; mais au vu de son apparence d'adolescent, si une quelconque inspection passait par là, le patron aurait des soucis à se faire. Le quartier ne plaisantait pas avec la protection des mineurs, futurs étudiants et citoyens Akers. Pourtant, le bar était un parfait endroit pour se détendre après une longue journée de promenade dans Wisdom’s Heart. L’air y était frais, la lumière douce, le parfum d’alcool apaisait et les sièges étaient d’un confort exemplaire. Nashar ne lésinait pas sur l’atmosphère qu’il offrait à ses clients.

Nyris tourna une autre page. L’histoire était passionnante : une enquête fantastique, avec comme héros un jeune orphelin devant trouver l’assassin change-forme de ses parents. Hélas, le rouge aurait plutôt préféré avoir accès à HOPEflix, afin de finir ses séries préférées. La perte de HOPE entraînait des conséquences vraiment désastreuses.

Yo ! Alors ? ‘Parait que vous avez trouvé un des chefs de HOPE ?


Une voix grave, cassée par une nuit cachée de beuverie, vint interrompre la lecture du rouge. C’était Finn. Lunette de soleil cachant probablement la preuve d’un délit, il toisait Nyris, sourire aux lèvres.

Alors ? Elle est à ton goût la Rheel ?


Nyris s’offusqua, laissant échapper un léger “han !”.

Je ne l’ai même pas vu d’abord ! Nashar s’est divisé en arrivant ici, il a dit à Favaro qu’il allait avoir de grosses journées pour cette semaine, et qu’il préférait se diviser le plus tôt possible.


Un sourire carnassier se dessina alors sur le visage de l’Embrouilleur de service. Immédiatement, le rouge se replongea dans sa lecture, conscient qu’il allait se faire taquiner.

Héhé, ne change pas de sujet, freluquet.


Il regarda rapidement si Naïcel n’était pas dans le coin, puis passa par-dessus le bar pour prendre une bouteille d’un alcool s’appelant “14°”. Il se versa un verre à shot qu’il s’enfila rapidement. Il repassa par la suite du côté de Nyris, s'asseyant normalement comme un bon client le ferait.

Tu ne l’as pas vu, mais ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas à ton goût… Hm… Quels sont tes goûts d’ailleurs ?


Je ne répondrais pas.


Il se frotta le menton en signe d'une fausse réflexion avant de se jeter une nouvelle fois par derrière le bar, où il prit un verre de “29°”. Nyris resta de marbre.

Hm ? Blonde ? Forte ? Avec ce qu’il faut là où il faut ? Peut-être même avec un ou deux défauts ?


Je ne marche pas.


Finn revint du côté de l’impassable Nyris, qui relisait la même phrase en boucle dans sa tête pour essayer de ne pas prêter attention à l’Embrouilleur.

Ou peut-être que tu préfères les brunes ? Plus petite que toi, avec la couleur de tes cheveux dans les yeux.


Le rouge rougit et se redressa en croisant les jambes. Il tenta de camoufler sa réaction en imitant quelqu’un qui s’étirait brusquement, mais son collègue l’avait déjà cerné. Il s’approcha de son oreille pour lui murmurer :

Une folle crinière sauvage qui ondule durant les mouvements d'un fessier des plus bombé pendant que tes mains parcours de divines courbes. As-tu déjà pensé à sa peau contre la tienne ? L'as-tu déjà imaginé au-dessus de toi ? La vue que tu dois avoir sur deux bons gros lo-


Il dut s’arrêter lorsqu’il se prit une bouteille en pleine face.

Arrête d’emmerder Nyris.


Finn essuya le sang qui coulait de son nez, tout en vérifiant que les verres de ses lunettes n’avaient pas éclaté dans ses yeux. Il fixa ensuite Naïcel, qui nettoyait la bouteille ensanglantée

Oh ? Mais c’est Miss Nashar ! Comment ça va ?


Il se saisit de la bouteille propre et se versa un verre de “48°”. Naïcel la lui arracha des mains pendant qu’il le finit sec.

Tu es de service ce soir, tu ne dois pas boire.


Oh ? Ah oui, c’est vrai. Désolé, yavait pas ce genre de règlement dans mon monde.


Septique et d’une dextérité ahurissante, la rouge lui enleva ses lunettes, sans même toucher à sa peau. Elle put contempler un magnifique oeil au beurre noir.

Tu t’es encore battu avec un client ? Pour la énième fois, le chef de la sécurité ne doit pas passer les gens à tabac, il les met juste dehors !


Je ne me suis pas battu avec un client, c'est arrivé y a même pas une heure. C’est à cause du sommelier.


Naïcel le regarda perplexe, tandis que Nyris se calmait de ses émotions avec des pensées pieuses.

Brutuo t’a fait ça ?


Nah.


Finn alla de nouveau derrière le comptoir, où le regard réprobateur la demoiselle rouge l’empêcha de se servir un autre verre. Il continua alors, préférant faire sa vaisselle.

Brutuo a appelé Favaro, qui pensait avoir affaire à un voleur.


Donc c’est Favaro qui a fait ça ? C’est encore moins crédible.


Nah.


L’Embrouilleur se retourna alors pour poser son verre sur une des étagères derrière d’une main. Toutefois, son geste fut accompagné par son autre main qui alla se saisir d'une bouteille de “69°”. Il l’ouvrit et eut le temps de prendre quatre grosses gorgées avant de sentir un poing fermement se planter dans ses côtes.

Ne bois pas pendant ton service, merde ! Et surtout pas à la bouteille, tu vas contaminer tout le monde avec tes microb-...


Le sang coulant de sa narine se mélangea alors au liquide dans la bouteille.

Ah ? ça, ça veut dire que c’est à moi du coup, héhé.


Fier que sa combine ait fonctionné, il refit face aux jumeaux : l’une était à ses côtés, en train de le maudire amèrement et l’autre faisait comme s’il était absorbé par la lecture en boucle de sa phrase dans son livre.

C’est la police que Favaro a appelée qui a fait ça.


La po-... Tu as fait venir la police jusqu’ici !? Idiot !


Hm ? Mais tu piges rien, Nasharette. C’est Favaro qui les a appelés, parce que Brutuo a eu la pétoche en voyant mon ombre sur le mur de la réserve quand j'ai voulu piquer des bières.


Il rebut une gorgée qui lui arracha une violente grimace.

Han, mon sang est vraiment toxique, putain. Il est au poste là, il doit signer des trucs qui expliquent que j’étais un employé qui faisait juste son taf’.


Une autre gorgée toxique  précéda sa précision :

Favaro. Pas mon sang. Mentir pour moi. Buvons à la santé de ce chic type. Il devrait plus tarder d'ailleurs.


Naïcel soupira. Cela faisait un petit mois qu’il était là et Finn avait déjà causé beaucoup de soucis. Hélas, de ce qu’elle avait compris, sa place était assurée par les Jewelers : aucun moyen de le virer. Elle décida donc de le laisser à son ivresse précoce, prévoyant un autre chef de la sécurité pour la soirée, puis se tourna alors vers Nyris.

Et toi ? Où étais-tu de la journée ?


Le rouge plongea un peu plus le nez dans sa boucle de phrase. Sa soeur lui arracha alors son livre des mains.

Tu devais m’aider à faire l’inventaire, j’ai dû tout vérifier moi-même !


Gêné, Nyris n’en était, pour une fois, pas inquiet. La veille, Finn lui avait expliqué quelque chose d’intéressant : les femmes adoraient les cadeaux. Il sortit alors de sa poche une petite barrette à cheveux, ornée d’une tête-de-loup en peluche.

Désolé ?


Tenta-t-il, non sans montrer qu’il était nouveau dans l’art de se faire pardonner. Naïcel plissa des yeux en acceptant l’objet. Elle lui remit ensuite son livre.

Tss. Ne me refais plus ce coup-là.


Alors que le paresseux pensait avoir réussi son coup, Naïcel s’en alla vers la sortie. Ce n’était pas qu’elle avait gobé son grossier hameçon, mais voir son frère, d’habitude si mal à l’aise, avoir assez de jugeote pour prévoir de se faire sermonner la décontenança. Elle devina immédiatement l’oeuvre de Finn, ce salaud. Allait-il corrompre Nyris ? “Non, il mourrait avant”, se dit-elle.

Favaro entra alors dans la pièce, lorgnant la silhouette de Naïcel au loin. Épuisé, il s’affala au bar, tête sur le comptoir.

Un 14° et vite… Pourquoi il y a des traces de pas sur le comptoir ?


Oh, patron. Vous ne devriez pas boire alors que le service va commencer.


Finn prit une bouteille de “48°” et lui versa un verre.

Dure journée ?


Favaro le saisit par le col, afin de l’insulter à un rythme que son traducteur -même si inutile à présent - ne put suivre.

Héhé, désolé… Mais ça s’est bien arrangé ?


Le roux le relâcha et prit sa boisson.

Ouais, ils ont rapidement laissé couler mais bordel, toute cette paperasse. Ils ont été formés par HOPE ou quoi ?


Nyris se redressa soudainement, comme si son corps entier le démangeait.

Nashar ?


Oui. Je vais aller retrouver Naïcel.


Favaro fit la moue. Avec tout ça, il n’avait même pas pu adresser la parole à la moitié féminine de Nashar. Hm, il se promit de ne plus faire référence à Naïcel ainsi. Nyris posa son livre et alla rejoindre sa soeur, qui se dirigeait elle aussi vers lui. Les deux employés au Demon’s Empire au bar assistèrent alors à la réunion entre les jumeaux, provoquant une vive lumière bleue, leur disparition et le retour de Nashar, plus frais que jamais.

Pendant que l'Empereur s'enlevait une écharde du doigt, Favaro se dit qu’il allait devoir lui faire un rapport sur tout ce qui s’était passé en son absence. Il avala d’une traite le contenu de son verre pour aller le rejoindre, mais fut stoppé dans la suite de son plan par les vifs picotements dans sa gorge.

Finn ! Enfoiré !


Je préfère le terme “Embrouilleur”.


vava
Nashar
groupe

Le Principe Barbare

image nash


Quelqu’un frappa violemment à la porte du bureau de Nashar. Une voix désagréable s’éleva alors.

Nashar ? T’es là ? Réponds bordel. Je peux partir plutôt sans me faire gueuler dessus ? Je dois aller me faire ma couleur. Mon putain de blond revient là ! Le coiffeur m'avait dit 3 mois, ça fait 2 jours merde !


Une autre voix intervint dans la hâte.

Mais qu’est-ce que tu-... ? Viens là, il est occupé !


Les deux individus, Finn et Favaro, s'élancèrent alors dans une dispute qui s’éloigna peu à peu. Surement le roux qui trainait le brun… Enfin le faux-brun, du coup. Nashar, à son bureau,  se reconcentra sur son plaisir du jour. Ce n’était pas un livre ou un nouveau sort, mais une femme. Mais calmez vos ardeurs, il ne lui faisait rien de charnel.

N’y prêtez pas attention, Lady Walth. Mes employées sont très soucieuses de leur apparence, afin de plaire aux clients. J’espère que vous n’en ferez pas part dans votre article de “La voix des Akers”.


Walth Guiver, journaliste qui avait, jadis, juré de révéler les secrets du Demon’s Empire, lui répondit rapidement :

B-Bien sûr que non, Sir. Nous avions quasiment fini d’ailleurs...


Le bleuté lui sourit, tartinant alors son visage d’une énorme dose de triomphe.

Ah oui, c’est exact. Dans ce cas, quand pourrais-je espérer voir votre article paraître ?


Dès le début de la semaine prochaine. Il faut qu’il soit corrigé, réarrangé puis relu par le comité, ensuite il faut l’envoyé à l’impr-


Après-demain, au plus tard.


D’un ton sec, Nashar avait perdu son sourire pour bien montrer qu’elle n’avait aucun choix.

B-B-Bien sûr, Sir. Tout le monde sera ravi de s’y mettre dès mon retour, Sir.


Un nouveau sourire marqua une nouvelle victoire. L’Empereur se saisit alors de deux chèques, qu’il remplit dûment. Il les donna ensuite tous les deux à la journaliste, qui ne comprit pas.

Le premier, celui avec le plus gros montant, c’est pour ma donation mensuelle au journal. Enfin, c’est comme ça que vous le justifierez. J’ai ouï dire que vous allez supprimer deux emplois à cause des faibles revenus générés ces derniers mois. Servez-vous de ça pour les maintenir encore un peu.


Bon seigneur, le bleuté se leva pour aller lui ouvrir la porte.

Et… Le deuxième ?


Diable, le bleuté étira son visage dans un sourire démoniaque.

Vous souvenez-vous de votre dernier séjour ici ? Vous avez été banni. A votre arrivée aujourd'hui, la sécurité ne vous a rien fait, car vous étiez avec moi. Je compte bien évidemment lever votre bannissement, mais j'ai d'autres choses à faire pour l'instant. Vous allez devoir marcher jusqu’à la sortie toute seule. J’espère que Finn est bien allé faire sa couleur, il est assez... Hm... Intransigeant. Dans tous les cas, le second chèque est pour vous. Ou pour votre médecin.



*******



Nashar descendit les escaliers du sous-sol. Caché par d'innombrables sorts et les brouillages de Finn, il avait fait en sorte que personne ne le suive, notamment en se faisant remplacer par Favaro. Il alluma la lumière une fois arrivée en bas et révéla une pièce aussi grande que le cabaret. Des caisses en bois, sur lesquelles étaient gravés des milliers de sceaux et de sorts d’auto-destruction, étaient empilées un peu partout. Personne ne savait ou ne saurait ce qu’elles contenaient, à part leur expéditeur et leur destinataire, bien sûr. Car c’était cela que Nashar faisait au Demon’s Empire : de la circulation de marchandise douteuse pour Amalideon Sear Leone. Du moins, c’était le plan initial.

La vingtaine de personnes présentes abandonna leurs travaux d'inventaire et de rangement d'articles illégaux pour rejoindre l’Empereur, prêt à l’écouter. Il n’y avait pas de profil type : ils étaient différents les uns des autres. Certains étaient des employés du cabaret, d’autres des étudiants ou des citoyens lambda. Mais une chose les unissait : leur haine des mages. Nashar prit alors la parole.

Non-Mage. C’est ainsi qu’on vous a désigné toute votre vie. Peut-on vraiment définir quelqu’un parce qu’il n’est pas ? Non. C’est inhumain. Là où Akerys voit des Non-Mage, moi, je vois des femmes, des hommes, des Akers voulant simplement vivre comme n’importe qui d’autre. On ne vous a pas laissé le choix d’avoir des pouvoirs à la naissance. Ne leur laissons pas le choix de vous accepter.


Aimant la mise en scène, le bleuté s’éleva d’un demi-mètre dans les airs, pour être certain d’être vu par tous. Il annonça alors fièrement.

Aujourd’hui, j’ai fait plier “La voix des Akers”, avec une simple manipulation financière. J’ai coupé tous leurs revenus autres que ceux de la vente de leurs journaux et leurs aides sociales, et j’ai placé le Demon’s Empire dans leur capital. 100% de leurs employés sont des mages. Et pourtant, les voici prêts à me faire une pub de trois pages, alors qu’il y a un mois ils essayaient de me faire chuter.


Un nouveau sourire de triomphe prit alors place sur son visage, mais cette fois, il fut partagé par toute les personnes présentes.

Je suis né sans pouvoir. J’ai gravi les échelons sans pouvoir. J’aurais pu régner sans pouvoir. Mais les mages de mon monde manipulaient tout dans l’ombre, m’empêchant d’atteindre les plus hautes fonctions. J’ai dû me faire maudire pour obtenir de quoi les arrêter. Et je ferais pareil ici. Je me servirais de la malédiction que sont mes pouvoirs pour tous vous libérer, je le jure.


Éludant le fait qu’il n’avait aucune parole et qu’il avait bien d’autres plans, le bleuté les regarda l’acclamer, avant qu’ils ne retournent au travail. Il s’affaira alors à faire le tour du sous-sol, et fit le bilan de la situation. Si tout avait commencé comme de la simple contrebande, cela avait pris des proportions grandiloquentes lorsque les Jewelers s’en étaient mêlés. Il ne leur fallut pas bien longtemps pour découvrir le trafic qu’effectuait Nashar pour le compte de Don Leone, mais ils ne l’arrêtèrent pas. Au contraire, ils lui firent rejoindre leur rang, pour l’avoir à l’oeil et surtout pour faire tomber le magnat financier, père de Favaro. Évidemment, le roux n’était au courant de rien, pour son propre bien - et pour la paix de l’Empereur. Même s’il avait rejoint l’Ordre des Jewelers, peu de temps après.

Ce retournement de situation n’était pas calculé, mais Nashar put en tirer grandement parti. Son plan originel était d’amasser le plus de richesse possible, afin de soudoyer convenablement des membres du gouvernement et de s’imposer comme figure politique de la vie Akers. De là, il n’aurait eu qu’à se présenter aux prochaines élections pour devenir Dictateur éclairé à la place de Ludwing Stanbrave. Mais avec les Jewelers qui le tenaient en laisse, il sentit qu’il lui fallait un autre plan. S’il ne pouvait pas obtenir Volfield par les voies légales, il marcherait simplement dessus. Et pour se faire, il n’avait besoin que de deux choses : une armée et le chaos.

vava
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